Vous dévoilez au JDD la mesure phare de votre plan transport pour l’Ile-de-France…

Ma priorité, c’est un plan d’urgence pour les transports du quotidien, avec au cœur de ce plan un « grand coup de neuf sur le matériel roulant ». Il s’agit d’une promesse non tenue de la gauche : elle avait dit que 100% des trains seraient neufs ou rénovés en 2016. Où en est-on aujourd’hui ? La moyenne d’âge des rames du RER et duTransilien est de 26 ans ! Beaucoup de trains sont vétustes, souvent sales, pas connectés, surchauffés l’été, froids l’hiver, et pas vidéo-protégés pour les deux tiers d’entre eux. Autant de facteurs qui accentuent le mal-être des Franciliens.   Le Contrat de plan Etat-Région 2015-2020, signé en juin dernier (5,24 milliards d’euros pour les transports), prévoit déjà la rénovation des RER…

Mais c’est largement insuffisant ! La Région, via le Syndicat des Transports d’Ile-de-France (Stif), a lancé un plan d’achat de matériel neuf qui manque singulièrement d’ambition. Si on se contente de ce programme, la moyenne d’âge des rames passera de 26 à 22 ans en 2021, à l’issue du prochain mandat. On aura gagné quatre ans, autant dire pas grand chose. Il restera même des trains de plus de quarante ans sur le RER B et sur les lignes N et J. Nous avons donc décidé de mettre le paquet sur le matériel roulant.   En quoi consiste votre projet concrètement ?

Notre plan va se traduire par l’achat de 700 nouvelles rames de RER et de Transiliens d’ici 2021, c’est-à-dire 407 de plus que les 280 déjà prévues. On multiplie quasiment par trois les achats ! En parallèle, on prévoit de rénover intégralement les 113 rames du RER C. L’idée est de procéder à un rajeunissement complet du parc. En 2021, les trains auront ainsi dix ans de moyenne d’âge. Par rapport au programme du Stif, notre plan va nous faire gagner huit ans sur la ligne B (2020 au lieu de 2028) ; quinze ans sur la C et la D (2020 au lieu de 2035) ; huit ans sur la ligne U (2021) ; quatre ans sur la N (2021) ; six ans sur la J (2019) ; et 17 ans sur la P (2018).   Pouvez-vous décrire les nouvelles rames que vous imaginez ?

D’une manière générale, l’expérience montre que les trains neufs sont plus à l’heure, ils roulent mieux, ont moins de pannes. Savez-vous que sur la ligne H, où circulent les nouveaux Franciliens tout neufs, on a gagné 5% de régularité ? Par ailleurs, je souhaite que tous les nouveaux RER soient semi-automatiques. Ce pilotage semi-automatique est déjà programmé sur les RER A et E. Je veux aussi équiper le B, le C et le D. Le conducteur passera en pilotage automatique sur les tronçons centraux. Ce qui réduira les intervalles entre les rames et facilitera  le croisement des RER B et D dans le tunnel de Chatelet-Gare du Nord..

Vous prévoyez de transporter davantage de passagers ?

On pourra augmenter la capacité de 30%, ce qui permettra de désaturer les lignes. Les passagers seront moins serrés, le réseau moins engorgé. La nouvelle génération de trains, que le Stif a prévu de déployer sur la ligne R, pourra ainsi transporter 3.120 voyageurs, dont 1.700 places assises. Je souhaite généraliser les RER à  à deux niveaux, ce qui impliquera de financer un certain nombre de travaux d’adaptation dans les tunnels pour les mettre aux normes sur le RER B.   Et en termes de confort pour les usagers ?

Ces 700 trains neufs et rénovés seront tous connectés et offriront tout le confort moderne. Je pense à la climatisation, à des panneaux vidéo pour l’information des voyageurs, ou encore à la vidéo-protection. Dans chaque voiture, il y aura une caméra reliée à un système central, pour se prémunir des agressions et des vols. Il y aura aussi la 4G pour avoir accès à Internet, ainsi que des prises électriques pour recharger les téléphones et les tablettes. Dès lors, les heures passées dans les transports pourront devenir des heures utiles pour les Franciliens.

REP_IDF_Transilien_RER   Comment financez-vous ces achats de trains ?

L’idée est de changer complètement notre mode de financement du matériel roulant. Jusqu’à présent, on l’achetait essentiellement cash. C’est une tradition qui vient du temps où le Stif finançait l’achat des rames pour les donner à la Ratp ou à la Sncf. La loi a changé, le Stif est maintenant propriétaire du matériel roulant. Il est donc logique qu’il étale le financement sur toute la vie de la rame, c’est-à-dire sur 30 ans. En tant que présidente du Stif, je financerai cet investissement soit par l’endettement, soit par crédit-bail, selon ce qui sera le plus avantageux. Ce qui nous permettra de faire tous ces achats pour un montant d’investissement annuel identique à celui que nous avons aujourd’hui, sans augmenter la facture actuelle.   Combien coûtent 700 rames neuves ?

L’enveloppe budgétaire totale de mes propositions sur 30 ans – de 2016 à 2046 – sera d’environ 4,5 milliards d’euros. On a fait un plan de financement. En amortissant l’achat sur la durée du matériel, le Stif remboursera 516 millions d’euros par an, tout compris – j’intègre les engagements de rénovation déjà pris. En clair, l’étalement du paiement permet de remplacer les trains sans augmenter les dépenses annuelles du Stif. On fera même 29 millions d’économies – par rapport au budget 2015 – qu’on utilisera pour financer le pilotage automatique sur tous les tronçons centraux des RER (environ 100 M€ sur le mandat pour les lignes B, C et D). J’ajoute que le coût de fonctionnement d’un matériel neuf est bien moindre que celui d’un matériel ancien. Ce qui nous permettra de réaliser des économies, et de financer certaines dépenses faites à crédit par la gauche, comme le Passe Navigo à tarif unique.  Je garderai, ce Passe parce que je ne jouerai pas au yoyo avec le pouvoir d’achat des Franciliens, mais moi, au moins, je la financerai sans augmentation d’impôt.   Habituellement, vous êtes pourtant critique sur l’endettement des collectivités locales…

Oui, lorsque la hausse de la  dette accompagne la hausse des dépenses de  fonctionnement. En l’espèce, il s’agit de financer les dépenses d’investissement et de baisser des dépenses de fonctionnement. Pour financer des infrastructures de long terme, il est logique de s’endetter. Surtout quand les taux d’intérêt sont aussi bas qu’en ce moment.   Les procédures d’appel d’offre, la fabrication des rames par les constructeurs, tout cela prend beaucoup de temps. Comment pouvez-vous vous engager sur des délais aussi courts ?

Dès janvier 2016, au lendemain de mon élection, je lancerai les appels d’offre. J’utiliserai aussi ceux déjà lancés sur lesquels le Stif a des options. Nous pourrons donc réceptionner les premiers trains dès 2017. Vous savez, la filière ferroviaire est en grande difficulté en ce moment ; si on augmente les commandes, les constructeurs suivront.

Claude Bartolone et Anne Hidalgo réclament la gratuité des transports en décembre au moment de la COP21. Y êtes-vous favorable ?

La gauche est très forte pour proposer la gratuité de tout. Pour un vrai plan de modernisation, je l’attends encore. Je constate surtout que le gouvernement a fait exprès d’organiser les élections régionales au même moment que la COP21, pour que personne n’aille voter. La conclusion de la COP c’est le 11 décembre, cinq jours après le 1ertour et deux jours avant le second tour. J’espère donc que les Franciliens en profiteront pour se rendre aux urnes.   Claude Bartolone est-il un adversaire plus redoutable que Jean-Paul Huchon à vos yeux ?

Je parlerai de mes adversaires quand ils auront des propositions à faire.