Face au désengagement de l’Etat et alors que les institutions culturelles sont de plus en plus menacées, la région doit venir au secours de la création, en commençant par augmenter de 20% les crédits alloués à la culture.

Avec Avignon, c’est toute la saison des festivals culturels qui débute partout en France, dans tous les territoires. Des rendez-vous dont le succès ne se dément pas et qui démontrent qu’il est possible de conjuguer qualité et liberté artistiques avec popularité. Mais un an après la crise du régime des intermittents, notre vie culturelle reste menacée. Les femmes et les hommes qui la font vivre sont conscients du danger. Jamais depuis que le général de Gaulle a décidé de donner à André Malraux et à la France un ministère de la Culture, celui-ci n’avait connu pareille saignée budgétaire, à mille lieues des promesses faites en 2012 par François Hollande. Le gouvernement n’assume plus son rôle auprès des créateurs, et la sanctuarisation des crédits annoncés jusqu’en 2017 ne suffira pas à inverser la tendance. En effet, il a aussi décidé de couper les dotations aux collectivités locales, communes en tête, qui sont les premiers soutiens des initiatives culturelles dans les territoires. Résultat de ce double désengagement, les grandes institutions peinent à boucler leur budget et les théâtres, les compagnies et les festivals locaux sont en péril.

Face à cette situation, la région a le devoir de venir au secours de la culture. Elle doit prendre le relais de l’Etat défaillant pour soutenir le monde culturel, soit directement, soit en appui des initiatives locales. Je veux soutenir davantage la création. Je veux que l’Ile-de-France affirme sa vocation de première métropole culturelle d’Europe. Je veux que tous les Franciliens, y compris les plus jeunes et les moins favorisés, aient accès et puissent participer à ce bouillonnement créatif. C’est pourquoi, si en décembre prochain je suis élue présidente de la région Ile-de-France, je prends l’engagement d’augmenter de 20% les crédits destinés à la culture. Cela représentera plus de 2% du budget régional, soit plus du double de l’effort de l’Etat. Avec cet effort budgétaire, la région Ile-de-France, qui allie patrimoine exceptionnel et exceptionnel potentiel créatif, retrouverait toutes les cartes indispensables pour nourrir sa dynamique culturelle. Malgré un foisonnement d’initiatives en Ile-de-France, la fracture du périphérique et des inégalités territoriales inacceptables persistent. Demain, je souhaite que la culture soit partout à sa place dans notre région. Les lycées, les gares, les universités et tous ces bâtiments municipaux trop souvent vides pourraient devenir des lieux d’accueil et de diffusion de nos jeunes artistes. Bien sûr, quelques actions régionales existent déjà, comme le Musée passager, qui se déplace en Ile-de-France sur le modèle du centre Pompidou mobile, ou le Fonds de soutien au cinéma. Mais il faut aller plus loin, plus fort, car la gauche régionale n’a pas relevé les trois grands défis qui lui étaient posés : faire émerger une jeune création francilienne, favoriser un meilleur accès des Franciliens à la culture et rééquilibrer l’offre culturelle.

La région doit désormais créer des ponts entre les différentes institutions et les acteurs culturels. L’Ile-de-France a cette chance extraordinaire de disposer des plus grands musées du monde. Développons les partenariats pour diffuser leurs collections partout sur le territoire francilien. Les jeunes artistes, les jeunes compagnies et les groupes de musiques actuelles et amplifiées débutants manquent souvent de lieux où créer, répéter, exposer ou se produire. Mettons à leur disposition les ressources communales sous-utilisées, mais aussi un patrimoine souvent délaissé (anciennes usines, églises, châteaux…), ce qui sera aussi un moyen de le réhabiliter. C’est en portant partout, dans tous les territoires, dans toute la population, dès le plus jeune âge, le message des poètes et des artistes, que nous réconcilierons notre société. On ne peut pas affirmer que la civilisation est attaquée et déserter la culture : la civilisation, c’est la culture.

Valérie Pécresse, juillet 2015.