La notation de la dette et sa gestion

La dégradation de la note de la dette française par l'agence Standard & Poor's a été très médiatisée et très commentée. Si cette nouvelle, quoiqu'attendue, est décevante, il convient de la relativiser : ce qui est important ce n'est pas la note mais le taux d'intérêt auquel on emprunte. Or, les avis rendus par les agences de notation ne sont qu'indicatifs et ne rentrent en ligne de compte que parmi de nombreux autres facteurs pour les investisseurs. Ces derniers sont, en effet, habitués à évaluer les risques sur les supports sur lesquels ils placent leurs fonds -c'est précisément leur métier- et savent, pour ce faire, apprécier de très nombreux paramètres, souvent plus fins de ceux des agences de notation. Cela est particulièrement vrai pour les obligations d'Etats, bien moins expertisées par ces agences que celles des entreprises. Ceci explique en partie pourquoi, lors la dernière adjudication de bons du Trésor (le 19 janvier), l'Agence France Trésor a réussi à placer ses émissions (8 milliards d'euros) facilement et à des taux inférieurs à ceux de la précédente adjudication. Certes, il s'agissait d'emprunts à moyen terme (3-4 ans) et non à 10 ans mais cela témoigne de la confiance maintenue par les créanciers de la France.

Bien sûr, cette confiance ne doit pas nous endormir et il reste toujours à la France d'importants efforts à faire pour équilibrer ses comptes publics et réduire la taille de sa dette. C'est dans cette perspective que le président de la République a imposé, dès le début de son mandat, une stricte maîtrise des budgets des ministères et la règle du non remplacement d'un départ en retraite sur deux des fonctionnaires.

Malheureusement, cette discipline n'est pas suivie par les collectivités territoriales dirigées par la gauche et leurs dépenses ont explosé durant ces dernières années, annihilant les gains réalisés au niveau de l'Etat. Ainsi, François Hollande, qui se permet de railler la perte (partielle) du AAA français, est-il bien loin d'avoir démontré son aptitude à maîtriser une dette, fût-elle aussi modeste que celle de la Corrèze. Jugez vous-mêmes.

Lorsqu'il accède à la présidence du Conseil Général de la Corrèze en mars 2008, ce département est déjà lourdement endetté comme l'a souligné la Chambre Régionale des Comptes du Limousin en octobre 2010. Avec 1 200 € de dette par habitant, soit trois fois la moyenne nationale, la Corrèze est le département le plus endetté de France. Mais, au lieu de chercher à la diminuer, M. Hollande s'est livré à des dépenses débridées, conduisant à l'alourdissement de cette dette ("En définitive, la Chambre constate que le niveau d’endettement du Département, qui était déjà très élevé en 2008, s’est encore fortement accru en 2009."). Ainsi, entre fin 2007 et fin 2009, les effectifs du Conseil Général ont été multipliés par 1,5, passant de 813 à 1231 employés. Et que dire de la décision de juin 2008 de distribuer à tous les collégiens et à leurs professeurs des ordinateurs portables d'une valeur de 500 € ? Quel apport pédagogique cette opération a-t-elle constitué ? Dans son rapport, la Cour des Comptes conclue d'ailleurs "Il serait donc d'un grand intérêt de faire procéder à une évaluation de l’intérêt pédagogique de cette opération au regard de son coût, compte tenu notamment de sa nouveauté.". La Cour des Comptes serait-elle une agence sans scrupules à la botte des spéculateurs de Wall Street ? Quelle serait la note de la dette de la Corrèze si celle-ci la faisait évaluer par une agence de notation ?

Il semblerait que M. Hollande ne soit guère plus apte que M. Papandréou à gérer un problème comme la dette d'un Etat, et encore moins de traiter la question au niveau européen.

Stephan Sylvestre