Les enjeux de la filière électronucléaire française

La politique énergétique d'un pays comme la France peut-elle être marchandée sur un coin de table dans le cadre d'un accord électoral mal ficelé ?

Un abandon, même partiel, de la filière nucléaire française aurait de très lourdes conséquences économiques, sociales, environnementales et diplomatiques :

1. Pénurie d'électricité. L'Allemagne et la Belgique s'étant elles aussi placées dans cette position, il ne faudra pas compter sur elles pour combler notre déficit de production. Qui le fera ? D'autant plus que le développement des voitures électriques va induire une hausse de la demande.

2. Explosion du coût de l'électricité. Un doublement de nos factures d'électricité est une prévision optimiste, sans oublier les répercussions sur d'autres produits (billets de train…).

3. Licenciements massifs dans la filière électronucléaire, filière à forte valeur ajoutée, construite en plusieurs décennies et qui emploie des centaines de milliers de salariés.

4. Augmentation de notre dépendance énergétique, en particulier au gaz russe. En effet, il est mensonger de prétendre que la filière électronucléaire pourrait être remplacée par des énergies renouvelables. Le réseau électrique ne pouvant absorber qu'une certaine proportion d'énergies intermittentes, il faudrait nécessairement des centrales stables, donc thermiques.

5. Augmentation de nos émissions de CO2*, en contradiction avec nos engagements internationaux (Union Européenne, protocole de Kyoto…).

6. Diminution de la compétitivité de nos entreprises, alors que celle-ci est déjà très amoindrie depuis une douzaine d'années (chiffres OCDE). Cela entraînera inévitablement des plans sociaux.

7. Déclin de notre filière industrielle à l'export, les clients internationaux perdant confiance si le gouvernement ne soutient plus cette filière. Des dizaines de milliers de chômeurs en plus.

8. Diminution de nos marges de manœuvres diplomatiques. Plus nous serons dépendants des énergies importées et moins nous serons libres de notre politique internationale.

9. Déséquilibre de nos finances publiques et augmentation de notre dette, suite à la baisse des rentrées fiscales et à la hausse des dépenses. Cette perspective est-elle vraiment envisageable dans les circonstances actuelles ?

Cette liste n'est pas exhaustive : on pourrait y ajouter les conséquences sur la recherche française ou encore sur la médecine.

En face, quels bénéfices en tirerions-nous ?

1. Une meilleure sécurité industrielle ? FAUX : depuis les années 1950, la filière électronucléaire a causé infiniment moins de pertes humaines que les filières traditionnelles (charbon, gaz, fioul), responsables de millions de morts. Rappelons que le séisme du Japon a causé 26 000 morts, mais aucune victime due à l’accident de Fukushima, démontrant l’efficacité de la sûreté nucléaire.

2. Une meilleure sécurité sanitaire ? FAUX : la radioactivité artificielle est infime face à la radioactivité naturelle. Chaque année, un Français est exposé à 2,5 mSv de radioactivité naturelle (mais 6 mSv/an pour les Bretons et jusqu'à 80 mSv/an en Inde), 0,7 mSv de radioactivité médicale et 0,1 mSv de radioactivité artificielle, dont moins de 0,01 mSv dû à la filière électronucléaire. Cela signifie que même si l'on arrêtait toutes les centrales françaises, cela ne changerait pas le niveau d'exposition des Français !

3. Une meilleure sécurité environnementale ? FAUX, pour les mêmes raisons : la radioactivité naturelle est de très loin supérieure à celle de l'électronucléaire. Ainsi, lorsque l'on examine objectivement la balance bénéfice/risque d'un tel projet, son ineptie apparaît flagrante. L'IRSN (organisme indépendant) a souligné lui-même qu'aucune centrale française n'avait besoin d'être fermée pour raison de sécurité.

C'est pourquoi, conscient de ces réalités, le président de la République a rappelé le 25 novembre au Tricastin le rôle prépondérant de la filière électronucléaire française et la nécessité pour l'Etat de continuer à la soutenir. Ce qui n'interdit pas de poursuivre nos efforts pour le développement des énergies nouvelles.

De son côté, la gauche fait preuve d'une irresponsabilité inquiétante. En hypothéquant l'avenir énergétique, industriel et économique de la France, les écologistes arborent une inconséquence pathétique, mais qu'on leur connaissait déjà. En revanche, François Hollande, lui, démontre qu'il n'est pas apte à prendre en main la destinée de la France. Le peu de cas qu'il fait des engagements qu'il prend en témoigne. Si l'on ajoute à cela la menace qu'il fait planer sur la place de la France au Conseil de Sécurité de l'ONU ou encore sur la confiance de ses créanciers, on peut se demander quel est son rêve pour la France. Ce que l'on entrevoit ressemble davantage à un cauchemar.

Stephan Silvestre